Conversations avec Helena Gath, artiste peintre, dessinatrice, illustratrice par S. Cabrejos

Née à Paris de père argentin et mère française, elle grandit en France dans la richesse de la diversité culturelle et du monde artistique latino-américain

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Vous nous dites avoir grandi dans la richesse de la diversité culturelle de vos origines, qu’est ce que cela veut dire pour vous ?

Pour vous répondre j’ai envie de citer cette phrase des Lettres Milanaises de Rilke : « Nous naissons pour ainsi dire, provisoirement, quelque part ; c’est peu à peu que nous composons en nous le lieu de notre origine, pour y naître après coup, et chaque jour plus définitivement.« 

Ma mère est Française ; mon père est Argentin ; j’ai été confiée pendant mes premières années à un couple de Catalans ; J’ai grandi dans le 20° arrondissement de Paris où de très nombreuses cultures et nationalités cohabitent ; J’ai fondé très jeune une famille avec un musicien péruvien partageant l’amour des cultures andines que nous avons transmis à nos enfants… Tout ce mélange a alimenté en moi une soif de découverte des autres, pour découvrir aussi d’où je tire mes racines… c’est cette richesse pluri-culturelle qui fait de moi celle que je suis aujourd’hui.

J’ai émis, très tôt, le souhait d’être citoyenne des deux pays car ils sont ma source. (Je l’ai concrétisé beaucoup plus tard…) La France m’a élevée, l’Argentine m’a bercée. Mes parents recevaient non seulement des musiciens argentins, péruviens, boliviens… mais également de nombreux amis –peintres, dessinateurs, … dont certains étaient déjà des artistes installés… et d’autres séjournaient longtemps chez nous, fuyant l’Argentine… n’oublions pas que nous sommes alors à l’époque de la dictature. Petite, je partage donc sans bien les comprendre les joies, les peines, les angoisses, d’argentins vivant en France cherchant solution à la situation de leurs familles et amis restés au pays. Je découvre ainsi la solidarité, l’entraide. Je ressens dès lors les émotions des artistes et vois comment ils les expriment…

 

2004urbietorbi72dpiQuels artistes vous ont guidée dans la recherche de votre voie artistique ?

Enfant turbulente et anxieuse, le seul moyen de me tenir tranquille était de me donner un crayon … J’ai alors eu la chance de jouer avec Leo Torres Agüero, Ernesto Deira, Kantaro, Jorge Svartman, Catherine Fleury, Pablo Trosman, Hel.leni Ferré, Mara Kotov et bien d’autres.. artistes voisins et amis proches de ma famille. Des cadavres exquis aux coloriages les plus surréalistes… du tracé de lettres aux taches de couleurs… du dessin au collage… chacun, en jouant avec cette petite fille que j’étais, m’a apporté un peu de son savoir…

Vers 8 ans, en sortant de l’atelier de Dora Castro, peintre argentine, j’ai su que dessin et peinture seraient mon activité essentielle, elle m’a donné, entre autre, le goût des lignes, des histoires à dormir debout…

A mon retour à Buenos Aires, les conseils de Mara Kotov, Mirtha Dermisache et Juan-Carlos Benitez m’ont confortée dans ma décision de faire de l’Art mon activité principale… La fréquentation de l’Atelier de Gabriela Aberastury dont la finesse pour me guider vers là où je voulais aller en me laissant trouver moi-même les solutions pour y arriver m’a apporté en plus de la découverte de nouvelles techniques (monotipes à la craie, tire-ligne, peinture à l’huile, papier à la cuve), plus de perspicacité dans la perception.

 

Quelles techniques utilisez vous pour réaliser vos œuvres ?

J’aime mixer diverses techniques : encres, acrylique, gouache, huile, plume, pastels… jusqu’aux technologies les plus modernes (infographie, dessin numérique…). Je privilégie l’exploration pour que le geste et l’intention se complètent afin d’exprimer ce que je veux partager par l’oeuvre que je crée.

Des dessins, essentiellement fait de lignes fines à l’encre de chine –où la couleur est tantôt un support tantôt un complément–, aux toiles plus hétéroclites….en passant par les cartes d’artiste, livres illustrés… J’affectionne particulièrement l’emploi des encres à la plume comme au pinceau, de l’acrylique et des vernis, et suis très attentive au choix des supports (papiers, toiles…) avec l’inter-activité desquels je joue beaucoup. Jusqu’à présent j’ai surtout exploré le petit format, au départ par contrainte de mes conditions de travail… ce qui m’a obligé à travailler rigueur et précision, et à développer la profondeur… Mes petits dessins sont en général reproductibles en grand format sans perdre leur qualité… Je commence cependant à avoir envie d’agrandir la surface de travail pour explorer un nouveau terrain de jeu…

 

2007dialogoAprès une absence de plus de 17 ans, vous retournez en Argentine, quel sentiment avez vous ressenti ?

Le choc émotionnel a été très fort !  D’abord la  communion avec la ville : Buenos Aires dans laquelle je me suis sentie comme « à la maison » ; avec le sentiment d’en avoir toujours fait partie… Ensuite, les  retrouvailles comme les nouvelles rencontres m’ont permis de constater l’énergie, le dynamisme, et de retrouver la solidarité, l’entraide… et le rêve collectif d’un monde plus juste… La situation dramatique post 2001-2003 n’a pas empêché les gens de se reconstruire, de se bouger pour aller de l’avant, d’espérer, de créer… et j’ai pu observer aussi le besoin de trouver du sens aux racines populaires… Milongas, tangos, charango, quena, identité latino-américaine …  ces mots n’étaient pas très en vogue 20 ans auparavant… ils le sont devenus.

Pour résumer mon sentiment, je pourrais personnifier l’Argentine que j’ai retrouvée comme une adolescente ayant souffert une crise identitaire, des difficultés matérielles, des échecs personnels, des punitions sévères… mais qui, après avoir touché le fond du gouffre, reprendrait l’impulsion en rebondissant vers le haut pour se reconstruire et se hisser avec détermination vers un avenir plein d’espoir.

 

Quelles sont les expositions auxquelles vous avez participé en France et à l’étranger ?

J’ai d’abord participé essentiellement à des expositions d’illustrations et d’Art Postal, en France (Lézardrieux, Lyon, Villars de Lans,…).

Puis j’ai exposé en Argentine : à Buenos Aires lors du « XI° encuentro del pequeño formato de Gente de Barro 2007« , puis au Centro Cultural Borges pour la « Expoartistas 2007« , dans les expositions « Formas y expresiones del Arte » et le « X° Salon Raul Soldi, pequeño formato 2008 » où j’ai reçue une mention d’honneur pour « Urbi et Orbi » et une mention d’artista seleccionada destacada pour « Angustia » et mes oeuvres sur papier ; à Bariloche pour la « semana del arte contemporáneo 2008 » ;  j’ai été ensuite sélectionnée par Teresa Barile pour faire partie de l’exposition permanente de « Creaciones plásticas siglo XXI » de feriadearte.com.ar ; et j’ai exposé à Vienne (autriche) dans la Galerie Am Park de Luise Buisman pour les expositions « Die Farben der Musik » (les couleurs de la musique) et « Impresiones »  de la commissaire d’exposition Maria Growel ; j’ai également été sélectionnée pour la Biennale de Florence 2009 mais je n’ai pu y participer faute d’appui financier… C’est en 2008 que je rencontre Andrea Finkelstein directrice de Escarlata Espacio de Arte, chez qui j’expose et dont elle me confie la représentation en France.

Expositions en Catalogne (Espagne) : exposition individuelle « Latidos de Helena Gath » à l’Amics de Centelles et participation au « X° Salon de invierno 2009 » de la Galeria EsArt de Barcelone où je reçois un Prix d’Honneur de l’Accademia internazionale Greci Marino ; En France, je participe aux 3 éditions du Grand Salon d’Art Abordable de La Bellevilloise, à Paris ; d’abord seule, puis entourée d’un collectif de 18 artistes argentins d’Escarlata Espacio de Arte, et enfin de 40 artistes réunis pour célébrer le Bicentenaire des indépendances d’Amérique Latine avec le parrainage de l’Ambassade d’Argentine en France et le label Cultures France. En juin 2010 j’ai été invitée à l’édition anniversaire du Grand Salon d’Art Abordable..

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L’art est-il vraiment votre état d’esprit qui guide votre vie ?

Je suis née dans une famille d’artistes où créer est aussi vital que respirer. L’Art est pour moi une nécessité incontournable de transmettre et provoquer des émotions ; une disponibilité absolue comme vecteur d’une sève culturelle qui alimente l’être ; un désir irrésistible d’exprimer la beauté si subjective de l’humanité de notre monde. C’est une vocation. Je ne peux pas vivre sans.

 

Quel sentiment transmettez-vous dans vos peintures et dans tout ce que vous faites ?

Mon univers, c’est le rêve pour échapper à la réalité…

Il est de bon ton de montrer les « âmes noires », de « déranger » ; de s’offenser de la barbarie humaine, de dénoncer les bourreaux… Je choisis volontairement de montrer le beau, le bon, le doux, le subtil ; laissant cependant l’ombre apparaître en filigrane et accompagner la lumière pour mieux la mettre en valeur. J’aime l’humanité et je veux le lui dire car elle en a besoin… pour être encore plus belle… un peu moins cruelle, un peu moins barbare, un peu moins sanguinaire…

Quelques mots de visiteurs écrits sur mon Livre d’Or lors de ma dernière expo à Paris en juin 2010 : « Très belle expo intime, comme on aime, argentine ! » (A.M.)- « Le mélange des techniques nous emmène vers un autre univers » (M.C.)- « Une jolie invitation à l’ouverture des couleurs dans un esprit de beaucoup de tendresse » (Y. Shah)- « Je suis intriguée par vos histoires et vos belles images » (T. Vogel) –

 

oeuvre_5764_helena-gath_la-partitura-la-partitionLa musique, la comédie, le théâtre…font aussi partie de votre quotidien…

Pendant 10 ans, j’ai fait partie d’une troupe de théâtre amateur et pratiqué le piano… présidé une association culturelle et artistique opérant surtout auprès des enfants… Aujourd’hui, je continue à pratiquer l’écriture que j’intègre souvent dans mes œuvres ; La musique rythme mes lignes, le théâtre alimente mon imagination, la poésie nourrit ma sensibilité, le chant encourage ma main…  je suis très friande de tous les moyens d’expression artistique qui sont des stimulants à l’inspiration et à la création.

 

Nous avons abordé rapidement un grand projet qui regroupe plusieurs artistes français et argentins dont vous êtes nettement impliquée, donnez nous plus de détails

C’est un projet qui me tient très à cœur. A l’instar de ma motivation à exposer des artistes d’Escarlata Espacio de Arte pour fêter le bicentenaire de l’Indépendance Argentine en France, et suite aux échanges avec les artistes argentins ayant pu faire le voyage, il s’agit de faire un échange artistique avec des artistes argentins vivant là-bas et des artistes français pour permettre de se connaître et se rencontrer par des expositions des français en Argentine et des argentins en France.

Si nous pouvons le faire en 2011, ce serait à la saison d’automne des deux pays soit en mars ou avril en Argentine et en octobre ou novembre en France.

J’aimerais beaucoup être un « pont » entre les deux pays puisque les deux cultures font partie de moi. Pour le moment, j’ai pris quelques contacts avec des responsables de lieux d’exposition à Buenos Aires qui sont réceptifs et intéressés, et avec des artistes des deux pays motivés par cet échange et par la découverte mutuelle des cultures et démarches artistiques des confrères « du bout du monde » (dans les deux sens)..

Il n’est pas facile cependant de trouver les fonds nécessaires à ce genre d’échange car l’idéal serait de faire voyager une délégation d’artistes en plus de leurs oeuvres ce qui implique non seulement les lieux d’exposition mais aussi le transport d’œuvres, voyage et hébergement des artistes… mais je suis très motivée et très ouverte à toutes les aides et conseils qui me seront donnés. Le collectif d’artistes dont je suis nouvellement membre organise déjà un échange de ce type à Cuba, et il se peut que mon projet entre dans le même cadre en Argentine… Ce genre de projet est long à mettre en place et j’y travaille déjà depuis quelques mois. Les personnes intéressées peuvent prendre contact avec moi par le biais de mon site web : www.helenagath.com

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Le gustaría agregar algo en español para terminar esta entrevista

Quiero agradecerte, por esta entrevista en la revista Paroles d’Amériques que me permite compartir con los latinoamericanos y todos los ciudadanos del mundo la fraternidad de nuestro continente emergente… con la riqueza del pasado aunque doloroso y la esperanza del futuro aunque muy incierto… compartiendo ARTE arte y más arte…

Je pratique également l’Art Postal, qui me plaît par sa nature désintéressée. Une œuvre est créée puis envoyée telle quelle sans enveloppe… elle s’enrichit alors du regard de tous ceux qui la font voyager… Du postier qui la réceptionne au facteur qui la distribue, jusqu’au destinataire… Que ce soit pour des particuliers, amis, famille.. pour des associations, des convocations artistiques… et même pour des inconnus, personnes incarcérées, hospitalisées… ce genre de courrier apporte réconfort, ou simple plaisir… comme un sourire dans la boîte aux lettres !

 

Contact : www.helenagath.comoeuvre_5766_helena-gath_le-baiser-el-beso

 

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