Artiste portoricaine, qui représente dans son œuvre non seulement son identité et ses racines, mais aussi son sentiment  face à tout ce qui  arrive à notre société contemporaine.

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Le fait d’être née dans deux cultures différentes, la portoricaine et l’influence américaine dû au statut politique du pays, a-t-il influencé vraiment dans ta façon de voir le monde et tes peintures ?

 Je ne suis pas née de deux cultures, je suis de culture portoricaine, cette culture possède deux faces. L’une étant d’influence indigène-espagnol-africaine et l’autre plus récente d’influence nord-américaine.

Ma peinture a  plus exploré les cultures indigènes de mon pays et d’Amérique Latine.  C’était un désir profond  de retrouver mes racines, et de me façonner dans une identité culturelle dans laquelle, j’ai un ressenti plus profond.

 

En tout cas tes racines portoricaines sont très évidentes dans la manière  où tu perçois le monde à travers ta peinture

Bien que vivant dans un  petit quartier tranquille au bord de la mer, mon histoire familiale fut un peu plus difficile.

A Porto Rico, à l’époque de mon enfance, l’homme avais tout pouvoir sur sa famille. Souvent l’homme décidait de la vie de sa femme, sans que celle-ci puisse si opposer.

Je crois que tout cela a influencé ma vision des choses, et ma poussé à peindre sur la condition des femmes en particulier.

 

 Quelle peinture représente le plus ta propre histoire ?

lamento borincanoC’est la peinture intitulé « Lamentation Borriquen ». Cette peinture raconte mon histoire comme fille née au sein d’une famille traditionnelle portoricaine.

C’est à la fois le portait de mon père (personnage  omnipotent), qui tient son drapeau, mais aussi de notre pays (divisé entre l’indépendance et la dépendance).

Mais quel est ce drapeau celui de Porto Rico ou celui des USA ?

 

Ton passage par plusieurs pays de l’Amérique centrale et du sud (Panama, Pérou, Mexique) ont-ils été des éléments déclencheurs pour ton inspiration artistique ?

Oui, car l’Amérique Latine est le pays (même si c’est un continent) de mon cœur. Il est vivant, de ces chaudes couleurs, il est vibrant de sa joie et de sa gentillesse.

Je me suis sentie un peu comme el Che qui part en moto découvrir son continent.

Pour ma part je suis juste partie avec mes crayons et mes pinceaux à la découverte.

Dans ces pays d’Amérique Latine j’ai non seulement rencontré des belles et chaudes couleurs, des contrastes entre la peau et les tissus, mais aussi une humanité incomparable, une gentillesse une joie de vivre qui m’a inspiré à étudier ces cultures et à peindre leurs visages. Au travers  de ces retrouvailles avec ces cultures, j’ai pu réaffirmer mon identité Latine, comme femme et comme portoricaine.

Ixachitlan

Quelle a été ta meilleure école dans le domaine de la peinture ?

Je  suis autodidacte, car je n’ai jamais pu étudier que ce soit le dessin où la peinture, du fait de ma situation familiale. Comme fille je n’ai pu sortir de ma maison.

J’ai donc pu m’échapper par le dessin, et c’est ainsi que petit à petit j’ai pu développer une certaine sensibilité et me lancer peu à peu dans la peinture.

Mais j’ai toujours cette envie d’apprendre et d’essayer de nouvelles techniques, que ce soit par une école, ou par un professeur.

 

Pourquoi nous dis tu, que tes peintures ont passé par plusieurs étapes ? Il y a-t-il un message différent ou profond dans chaque création ?

Mes premières peintures furent une série d’auto-portraits, où je recherchais par le biais de la peinture ma propre identité.

Après mes séjours dans les différents lieux et cultures américaines, mes peintures ont changé, ce qui est normal car ma vision du monde avait changé.

Puis arrivée en France  je fus confrontée à une autre réalité, qui m’a plutôt motivé à peindre des thèmes un peu plus politiques ou sociaux.

Chaque peinture narre une histoire qui peut être spirituelle, mythologique indigène ou sur des personnes rencontrées, mais aussi sur des questionnements sur l’existence et la déshumanisation de la société.

 

Racontes-nous les endroits où tu as eu l’occasion d’exposer tes œuvres

Mes œuvres ont été exposées à Puerto Rico, au Pérou et en France

En France elles furent exposées à Montpellier, Lourdes, St Pé de Bigorre, Argeles Gazost et St Savin

J’appartiens aussi à une association de femmes artistes peintres portoricaine (APPRA) et grâce à elle je peux ainsi exposer aussi en même temps sur mon ile natale, sans avoir à être présente à chaque exposition.

 

Tu as aussi reçu plusieurs distinctions

L’année 2000 j’ai obtenue le prix ENDAPP (Exposicion Nacional del Dia del Artista Pintor Puertorriqueño), une mention d’honneur du Musée de l’Art de Aguadilla et des Caraibes; une de mes peintures a obtenu le prix favoris du public et en 1999 j’ai reçu le prix attribué au thème de la Femme à l’Expo Nationale de l’Artsite peintre portoricain.

 

Quand et comment Alejandra Baiz décide de partir vers l’Europe, plus précisément en France ?

Mes peintures ayant pour thèmes le monde indigène, je fus invitée à une rencontre internationale d’indigènes d’Amérique.

C’est là que j’ai rencontré mon mari qui est Français de naissance mais latino de cœur, et qui travaillais pour une ONG au Pérou. Nous nous sommes mariés au Pérou puis après quelques temps, nous partîmes pour le Mexique puis Puerto Rico, pour arriver enfin en France

 

Comment te vois-tu dans quelques années, l’art en générale, fera-il toujours partie de ta vie ?

Vivre de l’art avec art, voila ce qui me motive, alors il m’est difficile de m’imaginer vivre sans peindre ou dessiner. Il est certain que pouvoir mener de front  ma vie de famille et ma vie d’artiste n’est pas toujours facile. Mais j’ai toujours un petit coin, un peu de temps préservé pour pouvoir respirer avec mon art.

 

Pense-tu qu’il est difficile pour un artiste latino-américain de s’imposer dans le monde européen ou français ?

Pour la France je répondrais que oui, car jusqu’à aujourd’hui aucun français m’a acheté de tableau. Par contre j’ai pu vendre des  tableaux en Belgique, Ecosse, Irlande et Angleterre.

Ici en France, toutes les galeries que j’ai pu contacter, trouvent mes peintures trop  « exotiques », trop «  latino », trop « colorées ».

Je me suis adaptée à la France socialement, mais je ne peux cesser d’être moi. Je pense qu’il n’y a pas plus grande pauvreté que d’oublier ses racines, et cesser d’être qui on est.

Sainte Anne (Mère de tous les mères) et Marie enfant

Je te laisse le mot de la fin pour terminer cette interview.

J’aimerai beaucoup rencontrer d’autres artistes, afin de partager avec eux et recevoir des critiques constructives, pour continuer à progresser dans mon art.

Je recherche toujours le contact avec mes compatriotes d’Amérique Latine.

Je suis à la recherche de lieux où exposer et vendre mes œuvres.