0 0
Read Time:6 Minute, 59 Second

La mine de la Rinconada : lorsque l’or met en péril toute une culture ! (II)
Sous la pression, le gouvernement avait donné trois mois d’urgence environnementale en septembre 2007, arrêtant le travail à la Rinconada, avec surveillance policière. Mais le travail n’a pas été  arrêté, il a juste changé de lieu. Les mineurs sont partis du côté bolivien avec leur matériel et  ont cherché l’or là- bas, contaminant une autre source, le Rio Suches, limite entre la Bolivie  et  le Pérou, qui se jette aussi dans le lac Titi- caca….
Pendant  ces cinq mois – le blocage fut amplifié de deux mois –, la terre qui devait être  travaillée a été emmenée  à Juliaca et c’est dans les maisons que les gens l’ont traitée pour  trouver l’or. Un trou dans le sol, menant jusqu’aux égouts servait à évacuer l’eau pleine de  cyanure, plomb, mercure et arsenic. Et le tout à l’égout de Juliaca se jette directement dans le fleuve Coata, autre affluent du Lac Titicaca.

On s’aperçoit donc ici que la fermeture de la mine ne change pas grand chose à la situation. Par  ailleurs, d’ici à une trentaine d’années, l’or devrait s’épuiser à la Rinco- nada. Que feront les  gens ? Ils s’arrête- ront ? C’est très peu probable, cette fermeture provisoire en est la preuve,  ils changeront juste de lieu.

C’est pourquoi la Rinconada doit être considérée comme un problème natio- nal. Le taux de chômage  est important au Pérou, les systèmes éducatifs et de santé sont chers et se dégradent de plus en  plus à chaque nouvelle loi. La Rinconada est une source de travail pour cent quarante mille  personnes. Si elle était fermée, où iraient les gens ? De plus, de nombreuses personnes du  gouverne-ment sont propriétaires de mines et ont des intérêts en jeu.

Courant juillet, vingt mille mineurs sont descendus  à Juliaca pour réclamer la construction d’une  route goudronnée, d’un centre de santé et d’autres éléments similaires au niveau des mines. En cinq  jours de mobilisation seulement, ils ont obtenu tout ce qu’ils voulaient…
Les paysans et éleveurs d’alpacas, de moutons, etc. sont, eux, réprimés lors de leurs  mobilisations, alors qu’ils réclament aussi des postes de santé, à quoi s’ajoutent la demande de  construction de centres de traitement de l’eau, et l’envoi de méde- cins et vétérinaires pour  diagnostiquer les problèmes de ces populations qui consomment directement l’eau du fleuve, contaminée par la Rinconada, et dont 30 à 40% des élevages meurent chaque année.

Pourtant, l’élevage d’alpacas est un procédé ancestral, hérité des Incas et fait parti du  patrimoine national. Mais la recherche du bénéfice rapide à court terme est en train de tuer tout  un pan de la culture andine. Les jeunes partent vers les villes ou à la mine car il n’est plus possible de subsister grâce à l’élevage d’alpa- cas. Dans les villages et campagnes en aval du Rio  Ramis, on parle du fleuve mort car rien n’y pousse, rien n’y vit. Il y a quinze ans, avant
l’exploitation déme- surée de la mine, on trouvait des pois- sons, l’herbe était verte, les animaux  et les enfants plus forts. Aujourd’hui, les enfants meurent facilement d’une grippe. Les animaux  font des fausses couches, deviennent aveugles, ont des diarrhées puis meurent  de façon « inexpliquée ». Les antibiotiques des vétérinaires ne sont d’aucune utilité. Et à cela s’ajoute la  chute du prix de la laine.

Il y a encore quelques années, elle était à 12 ou 13 soles la livre (3,20€). Aujourd’hui, crise aidant, dans les régions où l’al- paca est en bonne santé, elle est à 6 ou 7 soles,  soit une baisse de 50%. Et le long du fleuve Ramis, on la trouve à 4 soles soit une chute du prix  de 70%, et un prix 35% plus bas qu’ailleurs… Pour la laine de mouton, c’est pire, le prix est passé de 1,20 soles la livre à 0,20 soit une chute de 85%. Or d’un alpaca, on obtient envi- ron 5 livres de
laine et la plupart des familles possèdent une trentaine d’alpa- cas et le même nombre de moutons,  la tonte a lieu une fois par ans, soit 315 soles (80€) à l’année pour une famille de cinq  personnes. Nous avons rencontré  des éleveurs qui en possèdent plus, mais ceux-ci nous avouaient  devoir tondre les animaux tous les deux ans car la fibre n’est pas assez bonne et que la laine pousse trop lentement…

On se retrouve ici dans une situation où deux manières de concevoir la société s’entrechoquent.  D’un côté, cent quarante mille personnes vivent en mettant  à mal l’écologie et la santé de  milliers de personnes, mais ont l’appui du gouver- nement et des transnationales. De l’autre – pour sauver la faune, la flore, la culture et de nombreux humains – on enverrait cent quarante  mille personnes à la rue où elles n’iraient pas, partant pour d’autres mines et continuant en d’autres lieux la contamination.

On voit donc que le problème n’est pas qu’une simple équation où l’on calcule quelles seront les  pertes minimales. Non, il s’agit d’un problème de société, humain, social et environnemental. Dans  un premier temps, il est nécessaire, et telles sont les demandes des éleveurs, de faire une étude  environnementale tout au long du fleuve Ramis, pour connaître l’étendue des dégâts. Jusqu’à quelle  profondeur les sols sont-ils contaminés ? Quels sont les produits toxiques les plus importants ?.
Comment  diminuer  le nombre de solides en suspension, prin- cipale source de contamination ?
Il faudrait évidemment commencer par les zones en amont  tels les districts d’Ananea (villages de la Rinconada et Cerro Luna), de Cruceo, de Potoni, de San Anton, d’Asillo et d’azongaro, qui  appartiennent  à trois provinces diffé- rentes : San Antonio de Putina, Carabaya et Azongaro.

De nombreux orga- nismes gouvernemen- taux travaillent déjà sur le problème ; mais ils viennent une  fois de l’an, recueillent de l’eau et repartent l’analyser pour connaître l’évolution de la contamination. D’autres envoient des aides scolaires à la Rinconada, mais rien n’est fait pour les éleveurs et la population qui vivent plus en aval. Ils sont les oubliés de cette situation qu’ils subissent et qu’ils n’ont pas causé.

Car la construction d’une route  jusqu’à la Rinconada, obtenue lors de la dernière lutte des  mineurs, permettra à plus de personnes de venir travailler. E t chaque amélioration là-haut augmente le nombre de mineurs, donc la contamination et le nombre d’alpacas qui meurent.
C’est à dire que la situation des éleveurs tant à s’empirer. C’est pourquoi ceux-ci demandent une  aide d’urgence, telle l’arrivée de scienti- fiques, médecins et vétérinaires pour diagnostiquer  les problèmes, ainsi que l’apport d’eau pure et la décontamination de celle qui arrive. Le  gouvernement a promis la construction de trois centres de décontamination à la sortie d’Ananea  d’ici à la fin de l’année. Le problème qui se pose est de savoir si ce seront de simples réserves  d’eau, c’est à dire trois bassins à la suite où l’eau s’écoule lente- ment de l’un à l’autre, permettant aux particules en  suspension de se déposer, ou cela sera un centre avec des ingénieurs et des machines pour
accélérer le traitement ? Car à Crucero, il y a eu la mise en place de ces bassins.

Aujourd’hui, ils sont bouchés, l’eau passe à côté, et ils ne servent à rien.

Pourquoi  aider à l’amélioration des conditions de vie des éleveurs d’alpacas en priorité ?

Aujourd’hui, nombreux sont les jeunes qui partent à la ville ou à la mine car ils ne peuvent  subsister. Si l’élevage permettait de vivre dignement, ceux-ci n’iraient pas augmenter le nombre de  mineurs, et peut être que certaines personnes redes- cendraient de là-haut. De plus, il manque des  écoles partout, ainsi que des médecins et infirmières – Crucero possède un énorme hôpital où il n’y a qu’un médecin et cinq infir- mières…–, alors que les  construire au niveau de la mine veut dire plus de mineurs, et la question qui se pose est de savoir  ce qu’il se passera quand il n’y aura plus d’or. Il est très peu probable que la population reste vers Ananea, où il fait -27°C les nuits d’hiver, où l’air manque et l’odeur est infecte.

Par contre, tous ces villages, eux sont appelés à rester là encore longtemps. Ils subissent la
conta- mination et les dérives du systè- me qui n’a que faire de détruire toute une région, sa
population, ses lacs, dont le Titicaca, pour gagner quelques onces d’or.

Jérémie Wach- Chastel

Happy
Happy
0 %
Sad
Sad
0 %
Excited
Excited
0 %
Sleepy
Sleepy
0 %
Angry
Angry
0 %
Surprise
Surprise
0 %